LE RENOUVEAU du 13/04/2005

Par Zohra Abid

 "Amours Mosaïques" : Un conte moderne

On connaît l'attachement de Abdelaziz Belkhodja à Carthage, la cité antique - où ce qu'il en reste - et la banlieue moderne, lieu de villégiature dont la quiétude apparente ne saurait masquer la vie trépidante, et où l'auteur aime situer l'action de tous ses romans.
Après "Les Cendres de Carthage" (1993), "Les Etoiles de la colère" (1999) et "Le Retour de l'Eléphant", qui a reçu le prix Découverte du Comar 2004, le romancier vient de nous gratifier d'un texte inclassable "Amours mosaïques" (Apollonia éditions, Tunis 2005, 166 pages), ni pièce de théâtre - bien qu'il soit entièrement construit en forme de dialogues - ni roman - puisque les passages narratifs et descriptifs, y sont rares, sinon inexistants .
Dans cette nouvelle "fiction" - on l'appellera ainsi faute de mieux -, Abdelaziz Belkhodja raconte, dans un style alerte, tendre et non dénué d'humour, deux histoires d'amour mettant en relation quatre Carthaginois, deux jeunes filles et deux jeunes garçons: Moncef et Aïda, d'un côté, et Mourad et Synda, de l'autre. Il nous raconte aussi, en filigrane, l'histoire d'une passion: la mosaïque.
Entre le port de la vieille cité punique et le café des nattes de Sidi Bou Saïd, l'atelier du mosaïste et les terrasses des villas rutilantes, se trament les sentiments, se délient les langues, se nouent les incompréhensions. Tout y passe: les conventions sociales, les conflits de générations, les différences de classes, la place de l'art dans une société d'apparence et d'opulence.
A travers des échanges limpides, souvent hypocrites, parfois sincères, mais toujours éloquents, l'auteur s'amuse à observer la société tunisienne d'aujourd'hui, à déchiffrer ses codes, à traquer ses préjugés, à démasquer ses déguisements, à interroger ses fausses certitudes. Son ouvrage devient alors un miroir grossissant des tares d'une société qui se croit évoluée et moderne, mais qui s'attache parfois à des visions éculées.
A la fin, cependant, tout rentre dans l'ordre et l'amour finit par triompher des obstacles mis sur son chemin. A mi-chemin, entre Marivaux et le roman de la gare - et ce n'est pas péjoratif -, ce texte se lit d'un trait, comme un conte moderne, entre déclarations d'amour enflammées et petites larmes écrasées dans la solitude d'un après-midi ensoleillé. Non romantiques s'abstenir !
Zohra ABID

 LE TEMPS du 4/04/2005 Par Nadia Zouari

 Vient de paraître

« Amours Mosaïques » d'Abdelaziz Belkhoja

Quand l'histoire et l'espionnage lèguent leurs places au cur...

Parler d'amour lorsque l'on a l'habitude de traiter d'espionnage sur fond d'événements de l'époque Carthaginoise pouvait paraître singulier. Mais Abdelaziz Belkhoja est un sensible qui ne manque pas de ressources. Après un détour par l'histoire et la fiction, « Les Cendres de Carthage », « Les Etoiles de la Colère » et « Le retour de l'éléphant », il revient avec une histoire d'amour d'aujourd'hui, légère et presque tragique par moments.

Abdelaziz Belkhoja nous fait vivre l'histoire de deux amis qui cherchent à attirer des filles dans les mailles de leur filet. Stratagèmes et embrouilles vont avoir raison de deux jeunes et jolies jeunes filles. Deux histoires parallèles vont alors naître, celle de deux couples, celui axé sur la raison et l'argent et celui qui se contenterait bien d'amour et d'eau fraîche.
Abdelaziz Belkhoja navigue d'une histoire à l'autre, d'un personnage à l'autre et l'auteur nous offre une superbe galerie de portraits, drôles, agaçants, touchants ou carrément menaçants.
On y retrouve les modes de pensées tunisiennes, des parents pas toujours très souples avec des idées bien arrêtées, celles qu'on aimerait bien voir évoluer. Puis, on a plaisir à reconnaître certains endroits touristiques de Carthage.
Et même s'il s'agit d'une histoire d'amour, il était difficile à Abdelaziz Belkhoja de ne pas introduire Hannibal son héros incontournable avec une intrigue, qu'on ne vous dévoilera pas, autour d'une fameuse mosaïque « Le serment d'Hannibal ».
Tout au long de la lecture, on reste curieux de connaître le dénouement de l'histoire. Facile à lire, l'écriture est agréable et fluide, un bon livre qu'on vous recommande pour passer un bon moment.
 
                                                               Nadia ZOUARI

 ZOUHOUR HARBAOUI

TUNIS HEBDO DU 2 MAI

«AMOURS MOSAÏQUES»
Une histoire moderne et vivante
 

Le nouveau livre d'Abdelaziz Belkhodja, «Amours mosaïques», a tout d'une pièce de théâtre, avec ce qu'il faut à une pièce de théâtre : noeud, cassures etc. Mais en fait, «Amours mosaïques» n'est pas une pièce de théâtre. C'est tout simplement un roman tout en dialogue, avec quelques didascalies pour situer l'action ou pour montrer l'humeur changeante des protagonistes (étonnée, inquiète, bouleversée etc).
Abdelaziz Belkhodja a utilisé le style théâtral, parce que, comme il nous l'a déclaré, il n'avait pas l'intention d'écrire «a-t-il dit», «lui demanda-t-elle» etc. Et tant mieux ! Tant mieux, parce que cela a permis d'obtenir une histoire légère et très vivante.
En fait, au lieu d'un livre, en lisant «Amours mosaïques» nous avons l'impression d'assister à la projection d'un film.
Moncef n'avait que deux amours dans sa vie : sa mère et la mosaïque. Mais voilà que son cur va battre pour Aïda qu'il rencontre par l'entremise involontaire de son copain Mourad, qui s'est entiché d'une amie d'Aïda, Sinda.
Les parents d'Aïda vont mettre en avant la différence du niveau social pour tenter de mettre fin à la relation. Mais se battre contre un amour véritable, c'est devenir Don Quichotte face aux moulins à vent.
Par «Amours mosaïques», Abdelaziz Belkhodja nous entraîne sur son terrain favori et familier, à savoir l'histoire de Carthage, mais d'une manière détournée par la mosaïque et le port punique de Carthage. Pourtant, «Amours mosaïques» est une histoire moderne, une histoire de jeunes, une histoire pour amoureux éternels, une histoire qui devrait plaire à tout le monde pour et par sa simplicité.
Après «Les Cendres de Carthage», «Les étoiles de la colère» et «Le retour de l'éléphant», voila, donc, «Amours mosaïques» ! Mais sachez qu'en réalité, ce dernier livre a été écrit il y a quelques années déjà, cependant l'auteur a préféré attendre quelque temps avant de le publier.
«Amours mosaïques»
Abdelaziz Belkhodja
165 p
Apollonia Edition
Prix : 8,5 dinars

Z.H

 Nizar Bahloul

Tunis Hebdo

   "Amours mosaïques" d'Abdelaziz Belkhodja
 
Après l'espionnage, l'histoire, la science fiction et bien sûr les bandes dessinées, Abdelaziz Belkhodja revient sur la scène littéraire avec une fiction à l'eau de rose du nom d'"Amours Mosaïques". On y retrouve avec délectation le pur style de l'écrivain côté forme, mais pour le fond, Belkhodja bouscule ses fidèles.

Il y a Moncef et il y a Mourad. L'un est artiste mosaïste, poète et orphelin. L'autre est fils à papa, timide et bon vivant, travaillant bien sûr chez papa.
Il y a Aida et il y a Sinda. L'une est étudiante fille à papa, poète et refusant le diktat bourgeois. L'autre est une arriviste à la recherche du bon parti.
C'est autour de ce casting que Abdelaziz Belkhodja a pondu " Amours mosaïques ", son dernier ouvrage édité chez Apollonia.
Il y a ceux qui connaissent l'écrivain, auteur des extraordinaires " Etoiles de la colère ", " Les cendres de Carthage " ou encore " Le retour de l'éléphant ". Ceux-là risquent d'être surpris car leur auteur, qu'on croyait l'expert tunisien en matière de suspense et de polar, s'est essayé à un genre tout à fait nouveau (pour ses lecteurs du moins) : les fictions d'amour.
Et puis il y a ceux qui découvrent Belkhodja et qui risquent de tomber définitivement sous le charme du style, du fil, du suspense, du drame, de la description, de l'envoûtement, de la beauté.
Un charme mêlé inévitablement aux couleurs de Carthage, d'Hannibal et de notre incomparable côte Carthage-Gammarth, si chère à tous les Tunisois et nord-banlieusards. Carthage, Hannibal et Amilcar ont toujours été présents dans les romans de Belkhodja. Il n'y avait pas de raison qu'ils ne le soient pas, même si l'auteur a opté, pour on ne sait quelle raison, pour une histoire d'amour !
Une histoire somme toute banale, où ses protagonistes peuvent être tout Tunisien d'une vingtaine d'années d'aujourd'hui faisant face à une réalité pas toujours bonne à vivre. L'auteur n'a pas essayé d'embellir la situation et a présenté ce que tout le monde connaît sans même prendre le soin de dessiner une fin. Peut-être qu'il nous réserve un deuxième épisode
Dans ses " Amours mosaïques ", Abdelaziz Belkhodja a choisi le naturel, le style direct et la transparence. Un naturel et une transparence, comme tout le monde le sait, qui n'ont rien de spécialement beau. Le grand amour, le gros romantisme et la vie en rose ne se trouvant que dans les romans, l'auteur a refusé qu'ils le soient dans le sien. Alors d'amour, il n'y en aura que de naturel. De romantisme également. Et de vie en rose nullement. La vie est ainsi faite, son roman est ainsi fait. On imaginera même que les coquilles sont sciemment insérées afin de donner plus de vérité à cette vie qui en a tellement !
Si l'on prend " Amours mosaïques " séparément, on dira que Belkhodja aura eu le mérite de rappeler qu'il existe encore en 2005 des jeunes, des adolescents, des parents qui vivent, qui connaissent l'amour, qui ont des sentiments, ont des problèmes qui ne sont pas forcément différents de ceux d'hier. L'amour existe encore, les conflits de génération également, tout comme les différences sociales et de classe, et les jeunes filles qui se donnent bonne conscience en se vendant au plus offrant via contrat de mariage. Celles qui s'opposent à leurs parents également existent encore et notre scène littéraire se doit de rappeler tout cela. Ne serait-ce que pour l'histoire, Belkhodja l'a fait !
Par contre, si l'on prend " Amours mosaïques " et qu'on le compare à ses précédentes uvres (notamment les deux premières), on a le droit de se demander ce que fait Abdelaziz Belkhodja et pourquoi il a choisi de s'éloigner et d'éloigner ses fidèles du grand suspense, de la guerre, de l'espionnage, des trafics et même de la science fiction ! Point d'imaginaire dans ce dernier ouvrage, tout est dans le vrai ! De la surprise, le risque est minime d'aller à la déception dans la mesure où la fin est pratiquement inexistante et où l'auteur a été nettement moins prolixe qu'avant !
Entre la satisfaction de celui qui découvre, la surprise (qui pourrait dans certains cas aller jusqu'à la déception) de celui qui connaît, Belkhodja ne laissera pas, encore une fois, indifférent ! Ce n'est pas donné à tout le monde.

 
Nizar Bahloul