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INTERVIEW

JOURNAL L'ACTION

Il décourage souvent les journalistes. Et, par dérogation à ses habitudes, M. Hassen Belkhodja, ministre de l'Agriculture, membre du Bureau Politique a amicalement accepté d'aller à son tour plus loin… avec nous. Cerner ce personnage d'une vivacité aîgue et d'une amabilité sereine n'est pas chose aisée. Très vite cependant il désamorce la méfiance et installe un climat d'aisance autour de lui. Son proche entourage dit de lui: "le mot impossible n'est pas dans son vocabulaire". De son entourage il dit: Seul pour moi compte le résultat. Je leur donne les moyens de réussir". De Hassen Belkhodja on se fait une idée plus ou moins diverse, complexe, antithétique. Chacun a la sienne. Nous les avons confrontées et lui avons proposé de s'y reconnaître :

 

Qui est Hassan Belkhodja ?


“Il est difficile de se juger soi-même au risque d'aboutir au narcissisme”.
Et de cette voix nonchalante qui n'appartient qu'à lui, il continue:
“En fait, j'ai une conception de la vie très simple. Je l'aborde avec optimisme parce que c'est ma nature.
Je suis sain, direct, sans arrière pensée, sans calcul.”


Est-ce ainsi que les autres vous voient ?


“Les réactions des gens sont tout a fait personnelles. Ceux qui me connaissent ont vis-à-vis de ma personne un jugement sain et objectif. Les autres - ceux de “l’ouï-dire” m'ont souvent avoué ultérieurement avoir rectifié leur opinion à mon endroit.
Par ailleurs, je n'accorde pas grande importance aux qu'en dira-t-on. J'estime que c’est une question de niveau, d'intelligence et d'honnêteté.
À cause de cela donc, je n'en veux pas à mes détracteurs. De toutes les façons, seul compte le respect que l'on a pour soi-même et pour le chemin que l'on s'est tracé.
Au fond les hommes font ce qu'ils peuvent... en vertu de ce qui existe, mais aussi en vertu de ce qu'ils sont.
Sur leur route, ils doivent toujours s'attacher à construire un quelque chose qui restera.


Vous venez de parler d'optimisme. On dit d'ailleurs que vous êtes optimiste. Pouvez-vous nous dire quelle est votre vision de l'avenir ?


Je pense, je suis sûr, et je suis même intimement convaincu que le monde va vers un avenir radieux. L'humanité passera, certes, des moments difficiles, mais j'ai confiance en l'homme de ce temps. Il ne peut que tendre vers son amélioration et son ascension.


Que respectez-vous par-dessus tout?


L'être humain, justement. Je n'ai jamais humilié un homme. Il m’arrive de me tromper, bien sûr. Je le reconnais toujours et je me fais un devoir de m'excuser auprès du plus humble de mes collaborateurs.
Il y a toujours quelque chose de bon dans un individu. C'est une affaire qu'on ne doit pas négliger.


Homme d'action, ou de réflexion, comment vous jugez-vous ?


On n'est jamais l'un ou l'autre. Je réfléchis beaucoup pendant mes heures de loisirs à toutes les charges dont j'ai la responsabilité, mais au moment de la décision, J'agis vite.
En général, mes décisions sont toujours, malgré les apparences, mûrement
réfléchies.


Vous êtes président de « l'Espérance Sportive de Tunis». Est-ce un hasard ou un choix ?


Un choix ... de M. Nouira, notre Premier ministre qui est lui-même un grand esprit sportif. Il m'a confié le destin de l'EST, que j'essaie de gérer comme une entreprise avec, comme seul souci, l’efficacité du résultat. Mais c'est l’une des entreprises les plus difficiles que j'ai jamais eu à gérer, et à cause de cela peut-être, j'ai fini par m'y attacher.


Vous arrive-t-il de vous «poser des questions » ?


Oui, assez souvent, sur le sens de la vie, sur l'avenir. Mais comme je suis profondément croyant, J'ai le sens de «la nécessité». C'est un principe que j’ai acquis dans mon milieu - théologien - et de par une formation gréco-latine.
La notion de «Nécessité» dans la philosophie grecque est aussi forte que celle du destin dans la religion musulmane. Ce qui ne veut cependant pas dire que je suis un résigné

Le père en vous ?


Mes rapports avec mes enfants sont très simples. Mes parents m'avaient laissé une grande liberté. J'agis de même vis-à-vis de mes enfants. Ils font pratiquement ce qu'ils veulent, dans la limite du raisonnable.
Je crois que c'est une bonne chose. Il faut laisser la liberté aux jeunes — encore que dans notre cas, c'est une source de conflits avec leur mère—. Ils pourront ainsi devenir ce qu'ils veulent vraiment être.


Pour vous, Monsieur le ministre, les traditions doivent-elles être maintenues ou bousculées ?


Maintenues et en même temps bousculées. Je m'explique : la tradition est indispensable et nécessaire. Comme base, comme norme. Pour une nation, une famille, un groupe social, elle se créé au fil des années, résultat de
comportements humains qui finissent par s'ériger en ligne de conduite, mais il faut savoir les adapter et pour ce faire, ne pas hésiter à les bousculer si le besoin s'en fait sentir.


Hassan Belkhodja, à quoi rêviez-vous à 20 ans ?


Bien avant 20 ans, je souhaitais déjà gérer de grosses entreprises. En rêve, j'échafaudais des plans et d’énormes projets industriels. je me surprenais parfois, en classe, à concevoir de fantastiques opérations financières et à résoudre de grandioses problèmes de gestion. Durant les récréations, je refaisais le monde, au cours de discussions animées avec mes camarades. Je mettais en valeur le Sahara... j'exploitais les fabuleuses richesses que je supposais y exister.
Le destin a voulu que je mette effectivement le Sahara en valeur, puisque le lutte contre la désertification est une des options de notre politique agricole.


Exigeant vis-à-vis de vous-même et des autres, on vous dit difficile à vivre. Est-ce vrai?


Pas du tout. Je suis effectivement dur pour le travail, la régularité, l'efficacité et les résultats... d'abord pour moi-même, ensuite pour les autres.
En dehors de cela, je me crois d'un abord très facile.


Quelle est la forme d'art à laquelle vous êtes le plus sensible ?


Le théâtre. Toute forme de théâtre d'ailleurs. Comédie, drame, tragédie. C'est un genre de spectacle qui m'a toujours fasciné par le pouvoir de Catharsis, qu'il porte en soi.
Et j'étais un spectateur assidu d'un Louis Jouvet, acteur prodigieux de son temps.


Craignez-vous la vieillesse?


Je ne suis plus très jeune, mais j'aime beaucoup la vie que je trouve
très agréable. Chaque âge a son charme ses joies, ses expériences. Cela tient peut-être à ma nature optimiste (un mot clé de Monsieur Hassan Belkhodja), conciliante mais certainement aussi au bleu de notre ciel. Parce que
voyez-vous, la plus belle chose qui soit au monde, c'est la lumière du jour. Et ceci aussi c'est de l'éthique grecque.

Propos recueillis par Mme Néfissa BEN SAID

“…je n'accorde pas grande importance aux qu'en dira-t-on. J'estime que c’est une question de niveau, d'intelligence et d'honnêteté.”

Hassen Belkhodja