1
CHEZ MONCEF

 

Moncef est un jeune homme brun, mince aux yeux rieurs et aux dents très blanches. Nous sommes dans son atelier. Il s'agit d' un petit garage contigu à une modeste maison très fleurie dont les murs sont presque entièrement couverts de lierre. Au centre de l'atelier trône une grande table sur laquelle on remarque un grand papier calque avec un motif de mosaïque passé au crayon. On trouve aussi des petits tas de tesselles* de pierre, de brique, de marbre, de pâte de verre et divers instruments: tenaille, marteline, maillet, etc. Au fond du garage, devant une grande fenêtre donnant sur l'Édifice aux Colonnes (ce qui permet à Moncef d'avoir une splendide vue de ce site archéologique) un divan ou ce qu'il en reste. émerveillé par les belles mosaïques anciennes qui s'étalent sous ses yeux éblouis, Moncef feuillette son grand livre d'Art, sans remarquer l'énorme et magnifique berline bleu-nuit qui s'est arrêtée devant le garage. Une ombre apparaît et pénètre dans l'atelier. Moncef relève la tête, il a reconnu la voiture et la singulière silhouette de son visiteur. Il se lève.

MONCEF
- Salut Si Ezzedine. Que me vaut cette charmante visite? Ça fait un bail!

EZZEDINE
- Je t'ai apporté ce que tu m'as demandé, tiens.

Moncef prend le rouleau Canson que lui présente le monsieur, le déroule et l'observe. Puis, déçu, il le remet à son visiteur.

MONCEF
- Si Ezzedine, je vous l'ai dit plusieurs fois, vous voulez une uvre originale? Alors apportez-moi du nouveau parce que je n'exécuterais jamais ce motif, c'est le mien!

EZZEDINE, insistant.
- Mais j'ai tout fait refaire par un nouveau dessinateur! tu ne peux pas refuser.

MONCEF
- Ecoutez. Ça, c'est MON Serment d'Hannibal. Il observe le dessin puis ajoute: il est un peu défiguré d'ailleurs. Ne comptez pas sur moi pour l'exécuter .

EZZEDINE
- Jeune homme, si tu ne veux pas faire ce travail alors vends-moi celui que tu as fait!

MONCEF, froid.
- J'ai été clair sur ce sujet il n'est pas à vendre.

EZZEDINE, peiné.
- S'il te plaît, je suis prêt à le payer trois mille dinars, c'est dix fois son prix!

MONCEF
- Non! c'est dix fois le prix d'une copie d'uvre antique, ça n'a rien à voir.

EZZEDINE
- Comment, ça n'a rien à voir? je t'offre le prix d'un original!

MONCEF
- Ne dites pas n'importe quoi, les originaux sont inestimables, et en plus leur trafic est interdit.
A ce moment là, une voix se fait entendre de la maison.

la voix
- Mooonceeeef! Mourad est au téléphone, il arrive dans un quart d'heure.

MONCEF, il crie
- Dis-lui que je l'attends! (à monsieur Ezzedine) Que disiez-vous?

EZZEDINE
- Quatre mille, c'est mon dernier prix.

MONCEF, indifférent.
- Je vous ai déja donné ma dernière réponse.

EZZEDINE
- Bien, excuse-moi d'avoir autant insisté, si tu changes d'avis tu sais où me trouver.

MONCEF
- C'est ça.

EZZEDINE
- Je peux la revoir encore une fois?

MONCEF, il hésite un peu.
- Venez.

Ils se dirigent vers la petite maison, Moncef ouvre la porte donnant sur un petit couloir et tourne tout de suite à droite, c'est sa chambre. Là, tout le long du mur sont alignées des mosaïques intégrées dans de grands cadres de bois noir. Elles sont toutes posées contre le mur. Moncef avance vers l'une d'entre elles et la retourne. Un rayon de soleil vient alors frapper la myriade de petites pierres qui étincellent de mille feux révélant la splendeur de la scène. Celle-ci représente un enfant agenouillé qui lève une tête juvénile mais puissante et expressive vers le visage impassible, digne et sévère de son père. C'est Hannibal, haut comme trois pommes; faisant à Hamilcar le serment de ne jamais être l'ami des Romains. Au second plan, sur un fond dégradé allant des tesselles de marbre doré d'Espagne au Noir d'Italie, des formes abstraites évoquent des éléphants (vert Gonari) et des oliviers (vert Issorie), repris avec ingéniosité en petite dimension et dans une forme réaliste dans les motifs de la frise. Monsieur Ezzedine est fasciné. Après quelques secondes, Moncef s'apprête à la retourner contre le mur.

EZZEDINE
- Encore quelques secondes! Moncef temporise quelques instants puis retourne la mosaïque contre le mur et sort, précédé de son étrange visiteur.
On les retrouve devant le garage, au moment où un vrombissant bolide décapotable s'arrête dans un crissement aigus de pneus neufs.

MOURAD, sortant de la vitre sa tête chesurmontée d'énormes Ray Ban)
- Moncef, je descends ou tu montes?

MONCEF
- J'arrive!(à Monsieur Ezzedine) Salut!

EZZEDINE
- Ecoute, je t'en donne 5000 dinars. Puis devant le désintéressement total de Moncef, il se reprend et ajoute : - N'oublie pas, si tu changes d'avis

MONCEF
- C'est ça, je vous contacte (il grimpe dans le bolide)

MOURAD
- Qui c'est ce type?

MONCEF
- T'occupe! Où va-t-on?

MOURAD
- Au café des nattes, normalement c'est aujourd'hui qu'elle vient !
Mourad démarre en trombe avec un ricanement imbécile sur les lèvres. Moncef berce la tête pour exprimer son dépit.

2
SIDI BOU SAÏD

 

Sur les nattes recouvrant les marches ensoleillées du célèbre café de sidi Bou Saïd, Moncef fume un narguilé tout en lisant un recueil d'Abou el Kacem Chebbi. Mourad l'écoute attentivement quand apparaissent au loin deux jeunes filles. Mourad se désintéresse alors complètement de la poésie tandis que Moncef poursuit sur sa lancée.

MONCEF, poétique.
- "Malgré la maladie qui me ronge et les ennemis qui m'assaillent, je vivrai comme l'aigle des cîmes altières. Je regarderai amoureusement le soleil lumineux, me riant des nuages, des pluies et des orages."
Il marque un temps, tire une bouffée et déclare spirituellement:
- Tu vois Mourad, la vie, c'est un état d'esprit

MOURAD, il l'interrompt
- La voilà.

MONCEF, surpris
- Qui donc?(il suit le regard de son ami et découvre deux filles qui remontent la pente de Sidi Bou Saïd. Son visage s'éclaire) - Enfin! on n'aura pas attendu une semaine pour rien! (il observe à son tour les filles et, constatant qu'elles sont aussi jolies l'une que l'autre il lâche un sifflet d'admiration puis)
- Elles ne sont pas mal du tout, et c'est laquelle des deux que tu veux draguer?

MOURAD, fier:
- La châtain.

Les jeunes filles se sont bientôt rapprochées. Moncef se concentre sur l'autre fille qui est brune et remarque avec ravissement l'harmonie de son visage, la noblesse de son expression et son élégance naturelle. Il éprouve un instant l'enchantement que produit la proximité de la beauté puis il lance d'un ton catégorique

MONCEF
- Ecoute Mourad: surtout pas de folklore. Tu n'offre pas le jasmin, tu ne paies pas le thé, tu ne dis pas de niaiseries et tu ne fais pas de compliments!

MOURAD, en plein désarroi.
- Mais! qu'est ce que je fais alors?

MONCEF
- Tu restes tranquille, je m'occupe de tout!

MOURAD, touché dans son orgueil mais impressionné par la détermination de Moncef.
- On n'avait pas prévu

MONCEF, ignorant les gesticulations de son ami.
- Comment s'appelle-t-elle?

MOURAD
- Je ne sais pas.

MONCEF
- Ça fait une semaine que tu me parles d'elle et tu ne sais même pas son nom?

MOURAD
- Je ne l'ai vue qu'une seule fois, ici même, vendredi dernier, elle était accompagnée par la même copine

Les jeunes filles escaladent gracieusement les marches irrégulières (si peu propices à la grâce) du café et se posent comme des pétales sur les nattes qui couvrent les deux côtés des escaliers. Elles se sont assises sur la droite, à quelques marches des jeunes hommes. La fille aux cheveux chatains lance des regards furtifs et hautains autour d'elle tandis que la brune commande deux thés aux pignons.

MONCEF, doucement.
- Et la brune, tu sais qui c'est?

MOURAD, chuchotant.
- Oui, elle est étudiante à l'Institut et habite Salambô

MONCEF, étonné.
- Comment sais-tu tout cela?

MOURAD, un peu gêné.
- Je les ai suivies, c'est là que la brune habite, j'ai parlé au jardinier c'est le même que celui de mon oncle

MONCEF, il réfléchit un instant, puis lance d'un ton satisfait:
- Bien!
Il se lève et va s'asseoir juste une marche au dessus des jeunes filles qui se retournent alors et l'une d'entre elles -celle aux cheveux châtains- le regarde froidement en désignant toutes les places vides.

la jeune fille, sur un ton de reproche.
- Vous ne pouvez pas aller vous asseoir ailleurs!

MONCEF, faussement sérieux, il montre la vue, puis regarde la jeune fille brune:
- C'est la perspective mademoiselle, il n'y a que de cette marche que l'on peut vraiment admirer le charme de l'endroit (il regarde l'autre jeune fille qui se retient difficilement de sourire)

la même jeune fille, précieuse.
- Et comme cette perspective ne nous intéresse pas, nous allons devoir changer de place! Allez, viens, Aïda

MONCEF, sur un ton confus.
- Non! restez; je suis désolé de vous avoir importunées, je m'en vais, je voulais juste me changer les idées et discuter un peu, parce que passer la journée à l'Institut (il fait un geste vague en direction d'Amilcar, siège de l'institut des Hautes Etudes Commerciales) c'est déprimant.

AIDA, mordant à l'hameçon.
- Tu es à l'Institut?

MONCEF, très à l'aise dans le mensonge.
- Oui, toi aussi?

AIDA
- En première année Expertise. Et toi?

MONCEF, plein d'assurance.
- En troisième année.

AIDA
- Expertise?

MONCEF, embarrassé.
- Oui! (et, pour éviter d'autres questions, il enchaîne) Qu'est-ce que tu compte faire plus tard?

AIDA
- Oh je ne suis qu'en première année, j'ai le temps d'y penser et toi, as-tu déjà une idée?

MONCEF, éludant la question.
- Tu devrais penser dès maintenant à ton avenir, ça va si vite aujourd'hui

L'autre jeune fille, curieuse et agacée intervient vigoureusement:

la jeune fille
- Aïda n'a pas d'inquiétudes à se faire, mais toi, tu dois bien avoir une idée sur ce que tu comptes faire?

MONCEF, gêné.
- Je n'ai pas encore fait mon choix! tu le sais toi, ce que tu vas faire plus tard?

la jeune fille, ambitieuse.
- Oui! je veux faire de la finance (rêveuse) les actions, la bourse des valeurs, les O.P.A., j'adooore!

MONCEF, il se rappelle soudain l'existence de Mourad et lance à la future golden girl:
- Au fait, j'ai un ami qui a les mêmes objectifs que toi; son père est industriel et lui s'occupe justement des finances de leur usine.

la jeune fille, tout à coup intéressée.
- Tiens?

MONCEF, se retournant vers Mourad qui piaffe d'impatience.
- Mourad! viens que je te présente voici Aïda et (il se retourne vers l'autre jeune fille qui se mord les joues pour affiner son profil) c'est quoi ton prénom?

la jeune fille, langoureusement, en laissant sa bouche ouverte sur le "a".
- Sinda.

MOURAD, béat.
- Ravi mademoiselle, enchanté, c'est un plaisir(il se retient car Moncef lui lance un regard foudroyant)

SINDA, observant les chaussures Prada de Mourad, ses lunettes de soleil Dior, s'arrêtant sur sa montre Breitling sans oublier ses habits D&G.
- Alors tu es dans les affaires

MONCEF, avec entrain.
- Oui, je travaille avec papa. Toi aussi tu es dans le secteur?

SINDA, emballée.
- Pas exactement, j'ai suivi des cours d'informatique appliquée à la gestion et

À côté, Moncef descend une marche et s'assied près de Aïda.

MONCEF, prévoyant.
- Tu as cours toutes les après-midi?

AIDA, naturelle.
- Oui, sauf aujourd'hui, vendredi.

MONCEF
Et que fais-tu de tes vendredis?

AIDA
- Je viens prendre le thé voir d'autres têtes.

MONCEF, avec une ferveur sympathique.
- Moi depuis cinq minutes je ne tiens plus à voir une autre tête que la tienne.

AIDA, espiègle.
- Et pour combien de minutes?

MONCEF, affectueux.
- Autant que tu daignerais bien me consacrer.

AIDA, touchée mais réservée.
- Je ne sais même pas comment tu t'appelles et tu me parles déjà ainsi!

MONCEF
- Qu'à cela ne tienne! je m'appelle Moncef!

AIDA
- On m'a dit de faire attention aux garçons qui en disent beaucoup et vite!

MONCEF, sincère.
- Si je te parle ainsi c'est parce que je ressens beaucoup et vite!

AIDA, piquante.
- Et tu oublies d'ajouter : souvent!

MONCEF, franc.
- Tu penses que d'autres filles m'inspirent ainsi?

AIDA
- Vu ton aisance, j'en suis certaine!

MONCEF
- Ne peut-on être sincère sans bafouiller?

AIDA
- Je suis certaine que tu sais aussi bafouiller quand il le faut.

MONCEF
- Et si je te dis sans fioritures, tout simplement et tout naturellement que je te trouve très jolie et que j'ai envie de te connaître.

AIDA, froide, presque blessante.
- Je te répondrai de la même manière que ça me laisse totalement indifférente.

MONCEF, déçu.
- Et bien je le dis quand même, et sans regret (un silence pesant s'installe et soudain Moncef se lève) Bien, comme on n'a plus rien à se dire alors salut, j'ai été sincèrement ravi de te rencontrer.

Étonnée par la volte-face de Moncef, Aïda reste silencieuse.

MOURAD
- Eh! tu t'en vas?

MONCEF
- Oui, je vais tirer les bouffées qui restent et je rentre.

MOURAD
- Tu veux que je t'accompagne?

MONCEF
- Non, je vais prendre le TGM.
Il revient à sa première place, prend le cordon du narguilé et s'évertue à raviver la braise en l'éventant de sa main. Aïda le regarde faire un instant puis se retourne vers Sinda et Mourad. Celui-ci tend son poignet et parle de sa montre

MOURAD, enthousiaste.
- Elle plonge à trois cents mètres.

SINDA, faussement intéressée.
- Oh là! Et tu fais de la plongée?

MOURAD, déboussolé
- Euh, non, mais on sait jamais

SINDA, faussement intéressée.
- C'est une Breitling?

Aïda se pince les lèvres. Elle reste un instant indécise puis regarde à nouveau Moncef. Elle réfléchit encore puis se décide: elle tire un cahier de son sac, se lève et s'approche du jeune homme qui est tout pâle à force de tirer de vaines bouffées. Aïda s'approche encore et, à l'aide du cahier, évente le narguilé. Moncef lève la tête puis d'un geste, l'encourage à éventer encore plus vite.

AIDA, tout en éventant la braise.
- Tu crois que ça s'est éteint?

MONCEF, entre deux bouffées.
- Je pense que c'est en train de repartir, tu peux t'asseoir (elle s'assied). Tu veux une boufée?

AIDA
- Déja que je déteste les cigarettes, imagine ce que m'inspire cet engin.

MONCEF, même jeu.
- Je trouve aussi que c'est débile mais ça fait partie du cadre et puis c'est rigolo.

AIDA
- Je me demande ce qu'il y a de rigolo.

MONCEF
- C'est pour passer le temps, et puis, il ne faut pas mourir idiot.

AIDA
- Mourir asphyxié, c'est mieux.

MONCEF
- On ne fait pas toujours ce que l'on aime.

AIDA
- Ceux qui disent cela ne doivent pas apprécier grand chose.

MONCEF
- On ne devrait toujours faire que ce que l'on aime?

AIDA
- Dans la mesure du possible.

MONCEF
- Et si on ne le peut pas?

AIDA
- On essaye quand même.

MONCEF
- Et s'il y a des obstacles?

AIDA
- On les surmonte.

MONCEF, il noue le cordon
du narguilé autour de la tige.
- Je peux voir ton cahier?

Aïda le lui tend, il l'ouvre et observe son écriture.

AIDA
- Tu vérifies mes cours?

MONCEF
- J'étudie ton écriture;

AIDA, étonnée.
- Tu connais la graphologie?

MONCEF
- On est tous un peu graphologues.

AIDA
- Mais c'est toute une science!

MONCEF
- On n'a pas besoin de science pour sentir et comprendre.

AIDA
- Je suis curieuse de voir ce que tu peux sentir et comprendre en observant mon écriture.

MONCEF
- Approche-toi (Aïda se rapproche, ils se touchent presque). Regarde, (Moncef joint le geste à la parole et désigne du doigt les caractères de l'écriture de Aïda) ton écriture est parfaitement régulière, ça ne déborde jamais. Tes lettres sont justement dessinées et bien individualisées- pas de confusion possible- toutes les courbes et signes inutiles sont inexistants. Les capitales sont simples et claires, les extrémités courtes, contrôlées. Récapitulons: Ordre, beauté, clarté, intelligence, simplicité, calme, maîtrise de soi.

AIDA, moqueuse.
- Alors dis-moi plutôt ce qui manque?

MONCEF
- Passion, volupté (il prend sa main, elle la retire prestement).

AIDA, troublée.
- Arrête! c'est gênant.

MONCEF
- "Il faut faire ce que l'on aime" disais-tu.

AIDA
- Dans la mesure du possible.

MONCEF
- Ne faut-il pas surmonter les obstacles?

AIDA, embarrassée.
- Moncef, si tu continues je m'en vais

MONCEF, enflammé.
- Aïda, on ne m'a jamais appelé comme tu viens de le faire, j'ai l'impression d'entendre mon prénom pour la première fois.

AIDA
- S'il te plaît, on ne se connaît pas! et puis ne me regarde pas comme ça et ne me parle pas comme ça!

MONCEF
- Si j'ai bien compris, tu me demande d'être sourd, aveugle et muet! (moqueur) Puis-je me permettre au moins de penser à toi?

AIDA, énervée.
- Tu es vraiment têtu!

MONCEF, changement de ton.
- Excuses-moi, je ne voulais pas te mettre à mal, mais tu me plaîs tellement!

AIDA, sur un ton de reproche.
- S'il te plaît, ne m'accule pas dos au mur! parlons d'autre chose.

MONCEF
- D'accord. Tu habites dans le coin?

AIDA
- Oui, à Salambô (puis, tout à coup, fixant une silhouette gravissant la pente, elle lance, terrorisée, à son amie) Sinda! le cousin de papa arrive (aux garçons) allez vous-en vite, il est très sévère.

MONCEF, il se lève et chuchote.
- Je t'attendrai à Salambô (un petit instant) sur le pont du port punique, ce soir à six heures!

AIDA, effarée.
- Non, je n'y serai pas.

MONCEF, décidé.
- Moi j'y serai, tous les jours, à partir de six heures.
Puis les garçons descendent les marches et s'en vont.